«Je me positionne comme une femme

qui a un devoir envers la société»

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Il y a une sorte de magnétisme qui se dégage quand elle entonne une chanson. Un magnétisme presque envoûtant. On se sent transporté par les notes langoureuses qu’elle distille au long des titres de ses trois albums : «Mispa» [2009], «Dube L’Am» [2011] et «Massa» [2015]. Elle se donne entièrement dans ces chansons, parfois inspirées de son vécu. Ayant interrompu les études en classe de seconde, Charlotte Dipanda s’est alors entièrement consacrée à la musique. Elle a répondu à cet appel intérieur qui la tiraillait depuis ses premières années d’adolescence. Consciente et soucieuse d’accomplir une mission presque divine, elle s’est imposée un rythme de travail draconien. A 32 ans, Charlotte Dipanda cueille les fruits de son talent soutenu par un travail acharné. Un talent que la coach de The Voice Afrique francophonefructifie au fil des ans. Un talent aujourd’hui récompensé au Cameroun, en Afrique et même en dehors. C’est une jeune femme épanouie aujourd’hui et une maman heureuse. Le 10 septembre 2016, elle faisait salle comble à la mythique salle de l'Olympia de Paris. Pour commémorer ce magnifique moment qu'elle avait partagé avec Ben Decca, Sanzy Viany et Kareyce Fotso, nous publions cette interview qu'elle nous a accordée. Elle y dévoile la profondeur de son âme, ses aspirations et ses secrets de réussite.

Entretien mené par : G-Laurentine EYEBE ASSIGA.

10 septembre 2016 à l'Olympia, une date mémorable

Tu es devenue un symbole de réussite de la femme au Cameroun. Beaucoup de jeunes s'identifient à toi... Quelle est votre réaction à ce sujet?

(Sérieuse). C'est une responsabilité très lourde à porter. Mais, je pense que c'est un détail que j'ai désormais intégré. J'aimerais pouvoir m'en inspirer pour leur donner toujours envie de faire ce métier avec la même passion, la même vision et la même perfection que j'ai. C'est vraiment un état d'esprit, une démarche particulière que j'ai. Je dis souvent que quand on est aimé au Cameroun, on peut être aimé partout ailleurs. Car, le public camerounais est assez atypique. Et quand il adopte un artiste, ça veut dire qu'il y a véritablement matière à étendre son savoir-faire au-delà des frontières du Cameroun.

Au sein de la jeune génération d'artistes, tu as eu un coup de cœur pour Lab'l...

(Rire). Oui, effectivement. Tout le monde le sait désormais. C'est vrai que le coup de cœur est récent. Sa chanson «Ma ve wa ngan» ne me laisse pas indifférente. Elle a un gros potentiel. Pour moi, c'est une jeune pousse prometteuse. C'est une voix qui m'a apportée extrêmement de bonheur. C'est avec plaisir que j'ai partagé les scènes que j'ai eu à faire avec elle. Je lui souhaite de grandir d'avantage, d'avoir la force et l'énergie nécessaires pour y arriver. Je sais qu'elle en a les capacités.

Il y a également Dynastie Le Tigre. Tu as fait une sorte de chorégraphie sur sa chanson «Joue-moi les medjang»... La vidéo a été partagée sur les réseaux sociaux.

Dynastie Le Tigre est artiste qui a beaucoup de talent. J’apprécie beaucoup son travail. L'histoire de cette vidéo est que je revenais d'un travail en studio. J'ai voulu décompresser et j'ai jeté mon dévolu sur ce titre-là. Je ne savais pas qu'il en était l'auteur en l'instant. C'est plus tard que je l'ai su. J’adore ce genre de musique. Elle te sort de la torpeur et te ramène à tes racines, à ta culture.

Depuis la sortie de votre premier album «Mispa», ta notoriété ne cesse de grandir. Aujourd’hui avec «Massa», c’est presque l’hystérie. Chacun de tes spectacles draine du monde. Quel est le secret de Charlotte?

(Excitée). Le travail, la discipline, le sérieux. Je ne badine pas avec mon métier. Je m'impose une rigueur de vie, une façon de faire qui aboutit à proposer quelque chose de qualité au public. Je travaille avec une équipe de professionnels et je m’entoure des meilleurs pour donner le meilleur de moi-même. Le public doit être respecté. Il ne faut pas lui servir n'importe quoi. J'ai une réputation, un nom à défendre. La jeunesse me considère comme un modèle. Chaque chanson que je compose a ce détail en toile de fond. La discipline et la rigueur dans le travail sont importantes, si on veut avoir une longue durée de vie dans notre métier.

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Pour commémorer la Journée internationale de la femme (Jif) 2016, Baileys t’a offerte comme modèle à son public. A titre personnel, te sens-tu interpeller par la Jif ?

(Animée). Je me sens femme et particulièrement interpellée par cette journée. Je la célèbre chaque jour dans ce que je fais. Tous les jours, je me positionne comme une femme qui a un devoir envers la société dans laquelle elle vit. A chaque fois, j'essaye de poser une action qui contribue à l'épanouissement de la femme dans mon pays, dans mon continent. Mon rêve le plus absolu serait que les femmes, à travers le monde, et particulièrement en Afrique et au Cameroun, puissent transformer le 8 mars non en un jour de fête uniquement, mais en un jour au cours duquel chacune de nous va mener une action forte. Certes, on va «soulever les kabas», mais ce sera en fin de journée. On devrait capitaliser cette journée qui a vingt-quatre heures. On devrait se dire dès le matin : «je vais aller voir les détenus à la prison. Je vais aller dans un orphelinat. Je vais mieux méditer sur mon rôle de mère de famille». Pour moi, plus on aura des actions fortes, mieux nos petites sœurs trouveront une société où nous, les aînées, avions posé des jalons sur lesquels elles peuvent prendre leur source.

L’on reproche souvent aux femmes d’être friandes d’assistanat, de ne pas assez revendiquer. Que leur dirais-tu pour les motiver ?

(Sérieuse). Les femmes, sachez que c'est vous qui gérez le monde. C'est grâce à vous que le monde existe. Vous donnez la vie. Il faut agir et ne pas rester dans une position attentiste. Ne croisez pas les bras en attendant qu'on vous donne le pouvoir. On ne vous le donnera jamais. Il faut l'arracher. Il faut poser des actions fortes.

Tu es toi-même une mère de famille. Tu as un fils, Jadi, un adolescent, pourtant, tu passes ta vie maintenant entre deux avions...

(Rire). Ce sont les conséquences du travail de qualité que je fournis, je vais faire comment? Plus sérieusement, je m'organise pour que mon absence ne pèse pas trop sur lui. Nous avons une relation fusionnelle. Quand je suis là, je joue mon rôle de maman à fond. Mes absences ne sont que physiques, car, je garde toujours le contact avec lui. Je ne me considère pas comme une maman toujours partie. J'organise mon temps et il a toute sa place.

Avec Jadi son fils

Je vais reprendre l’expression d’un de tes fans à la fin du concert du 5 mars 2016 : «Charlotte, vous êtes irrésistible. Vous nous procurez un bonheur fou». Tu n’es pas encore mariée. Comment gères-tu tous ces admirateurs qui se pâment en te voyant ?

(Sourire). Je sais qu’il y a des admirateurs. Mais j’essaye d’établir une barrière. Lorsque l’un d’eux insiste trop, je le remets tout simplement à sa place. Car, dans mon cœur, il n’y a plus de place disponible. Il y en a que pour mon homme. Je suis fidèle et j’y tiens. Alors, je ne mélange pas les choses.

Ton look, devenu plus glamour et un tantinet aguicheur, ne les exciterait pas un peu ?

(Sourire). J’affiche ma féminité. Je me sens femme. Je suis épanouie.

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Ta voix est douce, un peu envoûtante. Tu as toujours le sourire. Certains te décrivent comme espiègle, rigolote qu’on se demande s’il t’arrive de te mettre en colère ?

Je suis émotive. Je ne sais pas me mettre en colère. Je préfère, en ces moments-là, me renfermer. Ainsi, la personne sait qu’elle m’a choquée et que ça ne va pas.

Une année 2015 couronnée de succès et de distinction. Triple récompense aux Afrima Awards à Lagos en décembre, pour la première fois. On peut dire que tu es comblée. De quoi rêves-tu encore?

(Posée). Je rêve d'un monde meilleur. Je rêve que la paix revienne à l'Extrême-Nord du Cameroun. Cette situation vient un peu gâcher la joie qu'on a de ramener des trophées à la maison. J'espère que le bonheur que les artistes apportent aux cœurs des gens, pourra aboutir à ce que la musique, un jour, soit la solution à tout.

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Un dernier mot

Je dis : «je vous love».

Nous aussi, on te "love" Chacha. A bientôt! Mmmouaaaahhhh!