Trois ans après l'Olympia, toujours au Top!

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Ils ont entamé en 2014, une nouvelle étape dans leur carrière. Roger Samnig, Auguste Rim et Haïs Zaiter sont allés à la conquête du public de la mythique salle Olympia de Paris. Le 14 septembre plus exactement. Après avoir assis leur notoriété au pays, où ils sont adulés presque. Leur succès impressionne, provoque de l’admiration. Dans le mouvement de l’Urban music camerounais, ils comptent parmi les meilleurs. Certains les décrivent comme le groupe le plus capé de leur génération.Leur gloire, ils ne l’ont pas volée. Dur, ils ont travaillé pour y parvenir. Persévérants, engagés, déterminés, ils ont dû être. Au milieu des épreuves et écueils du parcours, rester debout était leur bouée de sauvetage.

Aujourd’hui, ils gagnent bien leur vie. Chacun roule dans une voiture, peut se prendre en charge et s’offrir toutes les choses qu’il aime. S’ils le voulaient, ils auraient les femmes qu’ils veulent. Nul n’est point leur but, cependant. Ils n’aiment pas profiter des autres. Encore plus maintenant qu’ils sont célèbres, ils font attention à l’image qu’ils renvoient. Pris pour modèles par une jeunesse qui les célèbre à chacun de leurs concerts, ils ne veulent pas être une illusion pour elle. Rien de feint cependant dans leurs attitudes. Loin des spot-lights, du bling bling, les trois amis se sont ouverts, tels qu’en eux-mêmes. Retour sur cet article que j’ai rédigé à ces temps-là. Flashback.

 

Le trio a célébré ses dix ans de carrière récemment à travaers les villes du pays

 

Il y a des célébrités, qui, au fil des interviews, vous donnent plusieurs versions de leur histoire. Une histoire voulue belle, sans rides, sans taches. Surtout lorsqu’elles atteignent la gloire. Elles n’ont jamais connu la galère. Elles n’ont pas grandi dans un quartier mal famé. Elles ont grandi en ville, dans le luxe. Elles ne mangent pas les légumes de chez nous. Le steak et autres gourmandises d’ailleurs ravissent leur palais. Elles sont allergiques à la pulpe de noix de palme. Elles ne parlent pas leur langue maternelle. Elles ne connaissent que le français et l’anglais. Leur village, elles ne connaissent pas la route qui y mène. Elles deviennent amnésiques si vous leur demandez son nom. Pour elles, cette image est plus valorisante. Elles fuient leur passé comme poursuivies par Jack l’éventreur.

Les X-Maleya, réveillez-les à toute heure de la nuit, à toute heure de la journée, prenez-les de travers, par surprise, ils vous parleront de leur parcours avec les mêmes mots. Roger, Auguste, Haïs n’ont pas honte de ce qu’ils ont été. Ils ne renient pas leurs modestes origines. Ils vous raconteront, en y mettant du sel, leurs péripéties d’ados. A moins qu’ils n’aient bien huilé leur machine…On pourrait dire non.

 

Roger Samnig, fils d'enseignants

 

Par surprise, en effet, nous débarquons à leurs domiciles cet après-midi ensoleillé du dimanche 13 juillet 2014. C’est une exclusivité pour un magazine d’ailleurs. Ils nous l’indiquent : «Jamais, nous n’avons ouvert cette partie intime de notre vie à un journal. Souvent, les interviews, nous les faisons dans les lieux publics», assurent-ils. Roger François Samnig est le premier à ouvrir les portes de sa résidence, à Ekounou. Ce n’est pas ternissure pour lui d’habiter encore chez maman. Il a son studio juste à côté de la maison familiale. Casquette vissée sur le crâne, maillot du Barça couvrant son torse sur un pantalon bleu marine, il nous accueille avec un large sourire. Il est relax, comme d’habitude. Sans complications, il se livrera, donnant des détails qu’il gardait jalousement jusqu’ici. Son enfance est un cocktail de crainte de Dieu, d’amour familial et de quête personnelle auprès d’un père et d’une mère enseignants. Au milieu de ses frères et sœurs (Jean Paul, Elodie, Armelle, le deuxième frère est décédé), il est un enfant sans histoire, calme, timide, peureux. «C’était un enfant obéissant. Je n’avais pas besoin de lui répéter une chose deux fois», soutient sa mère, Alice Ngo Samnig. Il débute ses études secondaires au collège évangélique de Limbamba où son père, Jean Tang,  était enseignant, et sa mère censeur. Là, il découvre Dieu, la musique, la fraternité. Ensuite, le lycée de Biyem-Assi, ceux de Mendong et d’Ekounou l’accueilleront pour le deuxième cycle. Un deuxième cycle qu’il achève là où il a commencé au collège évangélique de Libamba. Son bac en poche, il s’inscrit en faculté de lettres bilingues à l’université de Yaoundé I. Trois ans plus tard, le virus de la musique contacté durant ses années du secondaire devient plus virulent. Il plaque tout. Entre temps, sa mère lui aura enlevé toute envie de faire du foot un métier. «Je jouais dans l’équipe du Mineduc (ancienne appellation du ministère de l’éducation).  Vient le moment où je devais signer un contrat officiel dans cette équipe. Etant mineur, je ne pouvais pas le faire. Quand je suis revenu avec le contrat à la maison, ma mère m’a bastonné ce jour-là. Du coup, mon envie a baissé», avoue-t-il. Pour son choix de faire de la musique, elle s’opposera fermement également. Son souci, nous confie-t-elle, était de lui assurer une stabilité professionnelle, dans le contexte de cette époque où les artistes étaient considérés comme des ratés. «Tout ce que je lui ai dit, c’est de bien faire son travail ». Aujourd’hui, elle est la première admiratrice de son rejeton et de ses amis. «Je dis merci à mes parents de m’avoir appris une chose essentielle, que je mets en application aujourd’hui, c’est la crainte de Dieu. Dieu est au centre de tout. C’est lui qui donne, c’est lui qui reprend. Lorsqu’on le sait, on évite de faire certaines choses. Ma mère me rappelle chaque fois que : «Dieu doit guider tes pas et tu dois faire le bien au maximum chaque fois que tu en as l’occasion», conclut le fils ému.

 Entre monts et vallées...

 

Haiss, le "Blanc" du boys band

 

Si Roger a baigné dans une belle ambiance familiale, Haïs Zaiter, lui, a connu une enfance solitaire. Et c’est seul, devant son écran de télévision, que nous le retrouvons à son appartement au quartier Elig-Essono vers 16h. Il est un peu malade. Un poisson braisé, mangé la veille, a provoqué un «tsunami» dans son ventre. Ses traits son tirés. Timide comme d’habitude, lui aussi, il se confie sans tabous, avec un humour subtil. «J’ai toujours été un enfant qui aimait rester à la maison, devant sa console, devant son ordinateur. Toujours tout seul. J’aimais beaucoup m’évader dans le monde virtuel qui a créé cette nature très calme, timide que j’ai. C’était un peu une manière pour moi de fuir le monde dans lequel j’évoluais. Je n’avais vraiment pas le choix, parce qu’à cette époque-là, j’étais fils unique. Ma mère était hôtesse de l’air. Elle n’était presque jamais à la maison. Donc, je faisais tout à la maison. Je faisais la cuisine moi-même. Après l’école, je me mettais dans les jeux-vidéos, la télé, les dessins animés. Jusqu’à présent, j’adore les dessins animés», avoue-t-il. Malgré cette morosité, il ne craque pas. Après des études au Koweït achevées ici au Cameroun, le fils de Chantal se perfectionne en maintenance informatique. Lui aussi lâchera tout pour les notes en harmonie. L’échange avec nous est franc, sincère. Parfois, une onde de tristesse balaie son regard quand il évoque ces souvenirs. Il a dû puiser dans ses tripes pour avancer dans la vie. Croire en soi, une philosophie qu’il défend. Le pouvoir de l’amour, une autre qu’il emprunte volontiers à Michael Jackson, l’un de ses modèles. D’ailleurs, il le partage avec ses deux amis. Resté orphelin après le décès de sa mère, Marthe Nyondog le prendra sous son aile. Le temps passe si vite qu’on ne le voit pas s’égrainer. Le rendez-vous chez Auguste est annulé. Il se fait un peu tard.

 

Trois garçons dans le vent

 

Avec ces révélations bouleversantes, nous le quittons la gorge nouée. Ce n’était rien de comparable aux confidences d’Auguste Rim. La presse leur reproche tous les deux de ne pas assez s’exprimer dans les interviews. Tout sourire aussi, il nous accueille le lundi 14 juillet matin dans son studio aménagé et décoré avec goût… par ses soins au quartier Omnisports. «Avec ça, est-ce que j’ai encore besoin d’une femme?!», ironise-t-il de son humour caustique.  A le voir ainsi installé, on a de la peine à croire ce qu’on apprend par la suite. Renié, le sixième enfant d’André Rim et Marthe Ngo Bea, employée de banque, a été rejeté par un être cher, pour avoir choisi de faire la musique. Quelle douleur pour ce fils de militaire docile, obéissant, pas idiot à l’école. Un homme, ça serre les dents et ça avance. Il en prend conscience. On comprend son attitude réservée. Heureusement, sur son chemin, la providence lui envoie Marthe Nyondog, qui le couve.

 

Auguste Rim fils de gendarme

 

Pourtant, son enfance n’a pas été si terrible. Certes son feu père André Rim, commandant de légion de gendarmerie, était très strict et rigoureux. «Quand vous êtes entouré de ce genre de personne, vous n’avez qu’à être sage, rangé», confie-t-il. Mais il a bénéficié d’une bonne éducation. A l’inverse, il développe un repli sur soi. «Enfant, je n’ai pas eu l’habitude de prendre les devants, d’être la locomotive», précise celui qui voulait devenir expert-comptable ou gynécologue.

Au gré des affectations paternelles, il sillonne Douala, puis Yaoundé. Il fait ses études primaires au camp Mbopi, à l’école publique d’Essos. Puis, va au lycée de Biyem-Assi où il rencontre Roger François Samnig. Vous devez certainement vous demander comment naît la passion de la musique dans un tel contexte ? «Avec l’âge, les parents deviennent plus souples. En fait, j’ai suivi mes grands frères. Francis, l’un deux, dansait avec Kris Badd. Chaque fois qu’il passait à la télé, mes camarades me disaient qu’ils l’ont vu à la télé. Un soir, mon frère m’a dit que si je suis intéressé, je peux me joindre à eux. C’est comme ça que je débute. Après le bac, je n’en pouvais plus, ça sonnait dans ma tête. J’ai arrêté.»

 Trois destins se croisent et s’unissent

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Si on était au cinéma, on pourrait intituler leur film : «le bad boy, le charmeur et le mystérieux», dixit Haïs. Mais ce ne serait qu’une infime partie de ces trois potes. Une infime partie de leur personnalité. Car, s’ils sont différents, ils se ressemblent en trois points : l’humilité, la simplicité, la crainte de Dieu. A ces piliers se greffent le respect d’autrui, la bonne humeur et l’amour du travail bien fait. On pourrait les appeller les «frères siamois», tant ils ont des atomes crochus. La galère, ils ont connu. Raison pour laquelle aucun d’eux ne se laissent impressionner par la gloire du moment. Zen, ils sont devant la frénésie actuelle. Ils font preuve d’une grande maturité d’esprit. Avec leur prochain concert à l’Olympia, ils ont atteint un nouveau palier. Sur cet échelon, ils veulent confirmer. Depuis le mois de mars, ils répètent (musique, chanson, chorégraphie, scénographie) tous les lundis et mardis dans un endroit tenu secret à Yaoundé. Des techniciens de la mythique salle de spectacle font des descentes au Cameroun. «C’est très sérieux, professionnel. Le spectacle doit répondre à tous les critères de qualité. Mais, nous travaillons sans pression, dans la bonne humeur comme toujours», assure Roger. Pour cette équipée, ils ont repris Ruben Binam Bikoï, le premier à avoir perçu leur talent, à avoir senti leur énergie.

 

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Après ce gros projet, les auteurs de quatre (cinq depuis janvier 2015) albums comptent ouvrir deux boutiques de leurs accessoires de mode à Yaoundé et Douala avant la fin d’année. Mais avant, à leurs fans camerounais, ils offriront deux spectacles sous le modèle de l’Olympia. Une manière de leur témoigner leur gratitude, leur affection. Sans eux, l’aventure commencée au lycée de Biyem-Assi dans les années 90 n’aura pas été aussi belle. Ils espèrent la fin heureuse. Quoique Roger veuille plus tard arrêter le chant et se consacrer à des études supérieures en management culturel. L’année prochaine, il s’inscrira dans une école spécialisée à Lille, en France. Peut-être deviendra-t-il le prochain producteur des X-Maleya.

G-Laurentine EYEBE ASSIGA