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17 février 2026

Festival du Film Européen 2026

La résidence de l’Ambassadeur

 écrin d’un cinéma en mouvement

Yaoundé, un lundi soir de février. L’air est inhabituellement frais. Dans certains quartiers, la pluie s’est invitée sans prévenir, caprice météorologique presque anachronique en cette saison. Mais ni l’averse ni la fraîcheur n’ont entamé la détermination des invités conviés à la résidence de l’Ambassadeur de l’Union européenne au Cameroun et en Guinée équatoriale. Ce soir, le cinéma est à l’honneur, et il a ses fidèles.

Diplomates, figures du monde culturel, artistes, professionnels des médias, représentants de la société civile : le Tout-Yaoundé des arts et des idées a répondu présent. À l’entrée, un mini red carpet, clin d’œil assumé aux grandes messes festivalières. Flashs, poses étudiées, sourires maîtrisés : l’instant est à la fois mondain et complice. Puis vient le welcome drink, orchestré avec le sens du détail qu’on reconnaît à Son Excellence. Dans un coin, Marc Châtaignier relit ses notes, concentré. Autour de lui, les retrouvailles s’enchaînent : accolades, bises, vœux échangés. Après une année 2025 éprouvante à bien des égards, ces visages familiers savourent le simple fait d’être réunis. Le cinéma, déjà, joue son rôle de rassembleur.

 

À 19h précises, David Andjama, point focal jeunesse et éducation à la délégation de l’UE, dans une élégante gandoura noire brodée de fils argentés, prend la parole et donne le ton. La scénographie est sobre, mais l’intention claire : cette édition 2026 sera celle de l’ouverture. Le Festival du Film Européen sort de son périmètre traditionnel. Il s’extrait des salles convenues pour aller à la rencontre d’autres publics.

 

Son Excellence le confirme dans un discours charpenté autour d’un axe fort : l’inclusion culturelle. L’accès aux œuvres ne saurait être un privilège urbain ou élitiste. Les jeunes des quartiers populaires, pour reprendre une expression bien locale, ont eux aussi droit à un cinéma exigeant, ambitieux, porteur d’imaginaires pluriels et de rêves réels.

En partenariat avec le Cinéma Numérique Ambulant, le festival adopte une logique de diffusion décentralisée. Centre, Littoral, Ouest : plusieurs régions accueilleront des projections itinérantes. Dans les valises techniques, une sélection de films européens et de coproductions de haute tenue, dont certains auréolés de distinctions dans des festivals internationaux. L’ambition est double : exposer le public à une diversité esthétique et nourrir une cinéphilie exigeante.

Pour la soirée d’ouverture, le choix s’est porté sur Imbroglio d’Aïssatou Njayou. Un geste symbolique fort. Le film, né d’une dynamique collaborative, illustre l’esprit de la «Team Europe» en matière de coopération culturelle. La Directrice de l’Institut Goethe en retrace le parcours : de la genèse du projet à sa diffusion, en passant par les étapes de développement et de production. Imbroglio est le fruit d’un partenariat avec le festival Écrans Noirs, dans le cadre du programme «10 jours pour un film», laboratoire de création devenu un véritable incubateur de talents.

Au-delà des projections, le cœur stratégique de cette édition réside dans une série de masterclasses itinérantes organisées dans quatre villes, sous un thème volontairement interpellant : «Le cinéma de demain : Na weti ?», autrement dit : à quoi ressemblera-t-il, et surtout, qui le façonnera ? Ces rencontres se veulent à la fois pédagogiques et prospectives. Il s’agira de transmission, de mise en réseau, d’analyse des mutations technologiques et économiques du secteur, mais aussi d’écriture, de production et de circulation des œuvres.

Le Festival du Film Européen 2026 ne se contente donc pas de projeter des films. Il interroge les pratiques, stimule les vocations et revendique une responsabilité culturelle. Ce soir-là, à la résidence, on ne s’est pas ennuyé. On a débattu, appris, souri.

C’est peut-être cela, au fond, la force intacte du septième art : créer du lien. Connecter des mondes. Rassembler des regards. Etablir des ponts. Comme l’Union Européen le fait au Cameroun depuis 50 ans.

G-Laurentine ASSIGA

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