Le culte de la performance

 

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Le 21 décembre 2017, l’homme d’affaires a reçu le prix du "2è pionnier de l’entreprenariat camerounais" à l’occasion du 60è anniversaire du Groupement inter-patronal du Cameroun à Douala. Mais qui est-il ?

Son nom à lui seul est une référence au Cameroun. Blaz Design, 61 ans, a gagné l’estime de ses pairs par la qualité de son travail et surtout sa vision. Il a fait des valeurs de la haute couture, des principes de vie et d’éclosion socio-professionnelle. A ce jour au Cameroun, le natif de Nkolngok est le seul créateur local à bénéficier d’un nom de label approuvé par les hautes instances de la République. En effet, depuis le 15 septembre 2015, son pseudonyme «Blaz» est devenu une identité personnelle par décret N° 2015/3853 du Premier Ministre. Il se fait désormais appeler «Blaz Jean Enyegue Essomba». «J’ai atteint la porte de l’expansion. Blaz Design haute couture va introduire d’autres produits dans sa ligne. Le vêtement, c’est 15% d’une maison de haute couture, le reste englobe le développement de la marque. Nous nous inscrivons dans cette démarche», soutient-il. Il affiche près de 35 ans de carrière.

 

Nous avons visité ses ateliers au quartier Golf à Yaoundé

 

A la passion qui l’a animé depuis l’enfance, Blaz Design a associé l’esprit de détermination et la volonté de réussir. Tout n’a pas été rose pour le fils d’Antoine Essomba, qui a fait ses classes auprès de grands noms de la haute couture française comme Yves St Laurent. Il a travaillé dans la direction artistique chez le créateur de la robe corolle. Au début des années 80, il rentre au Cameroun et bâtit son «empire» au Golf à Yaoundé. Visionnaire, Blaz Design diversifie le champ de ses actions. Il a développé d’autres entreprises : Blaz Design Investment et l’hôpital Maria Rosa Insisim (près d’1,5 milliard de Fcfa investi). Il parcourt le monde pour déployer son savoir-faire. Son doigté et sa réussite lui ont valu des distinctions et de nombreux prix à travers le monde. Parmi les prix prestigieux, on note  la médaille d’or du Business Excellence décerné par le Trade Leadership club, le New millénium award attribué lors de la 40è édition des Golden International tropy for quality à Madrid en 2012,  le New Bra Award for Technology quality and innovation reçu à Berlin en 2012, le diplôme d’honneur octroyé par la fédération internationale des Ong. Au Cameroun, il a été élu meilleur investisseur socio-économique de la décennie 2000-2010 par l’Observatoire Cameroun-Foundation et meilleur manager de l’année 2008. Et surtout le récent prix de  «2è pionnier de l’entreprenariat camerounais» décerné par le Groupement inter-patronal du Cameroun à l’occasion de la célébration des 60 ans de l’institution à Douala. La liste est non exhaustive.

Tout ne fut pas rose

Dans l’imagerie populaire,  les riches sont aussi perçus comme des fainéants. Des personnes bonnes à donner des ordres, sans véritables bases professionnelles dans le domaine où ils ont bâti leur fortune. On les imagine pleins aux As, faisant bombance, sans soucis, irrésistibles et surtout réussissant tout avec brio. Des personnes comme Blaz Design brisent ces clichés. Il est riche, c’est un fait. Il ne le nie d’ailleurs pas. Mais sa richesse s’étend bien au-delà de la simple suffisance pécuniaire. Elle est synonyme de valeurs, de vertus, d’intelligence, de sagesse, de vision et de travail. Ah oui !

Ce dernier mot, il en fait le socle de sa vie et de son rayonnement.  Non pas pour emprunter des mots à un chanteur local, son success secret, c’est le travail. Ses horaires de travail explosent le baromètre requis par le Code du travail camerounais. Il  y a des jours, où ce père de quatre enfants grignote à peine un croissant. Ses collaborateurs lui donnent affectueusement du «Boss», pas uniquement en rapport avec son titre de patron, mais parce qu’  «il est avant tout un bosseur».  «Je me considère comme un entrepreneur et non un homme d’affaires. C’est ce qui a été le fondement de tout ce que je suis aujourd’hui. J’ai toujours voulu être à la source de quelque chose. Cela veut dire que j’aime bien me sentir au départ des choses. Par exemple, pour avoir de l’eau, j’aime être celui-là, qui creuse le puits que de servir cette eau. J’aime être impulseur de développement,  et ce développement permet d’«arroser» tout le monde des fruits de ce travail», affirme-t-il.

 

Une vue de la fondation maria Rosa Nsissim crée avec son épouse Appolonie à Ahala, Yaoundé

 

Blaz n’use pas des astuces tribalistes pour réussir. Il ne recherche que la compétence et l’honnêteté chez ses employés (une centaine à Blaz Design haute couture et une centaine, bientôt à l’hôpital). A ses yeux, le tribalisme n’a pas de valeur positive. En patriote conscient, il prône le rassemblement des énergies positives afin d’asseoir la notoriété du pays. A la diaspora qui hésite encore, en prétextant l’impossibilité d’un investissement fiable et viable  au pays, il indique d’un ton franc: «Chacun est un maillon de l’Etat. Le meilleur patriotisme, c’est de créer le bonheur de l’autre, qui va créer le vôtre aussi. Il est nécessaire de prendre la peine de bâtir une structure et ne pas se dire que tout coulera comme de l’eau. Personnellement, si j’avais raisonné ainsi, je serai reparti. Je suis rentré en 1983, j’ai commencé mes activités en 1984. Ç’a été très dur pour moi. Or, j’étais à la création artistique chez St Laurent. J’étais bien. Chaque week-end, j’avais une voiture de location pour être à l’aise. J’avais des moyens, de l’argent. J’étais bien installé. Mais, je suis rentré au pays. J’ai fait face à tout ce que j’ai trouvé ici. La meilleure chose à faire, c’est de se mettre sur le terrain et lorsqu’on a acquis de l’expertise, faire venir les investisseurs, sin on en dispose. Parce qu’il faut savoir que ce n’est pas le jour que vous créez une structure que vous récoltez les fruits. C’est comme dans l’agriculture. Il y a un temps pour développer le champ. Ce n’est pas le jour des semis qu’on fait immédiatement des récoltes. C’est une loi naturelle», soutient-il.

 

portrait

 

Le souci de cet homme au style raffiné reste aussi de garantir un avenir paisible à ses enfants. A eux et à tous ces jeunes, qu’il encadre, il inculque les valeurs essentielles d’une autodétermination. La confiance en soi, le courage, la sagesse, l’intelligence, la patience, la foi et la stratégie. L’histoire continue…

G-Laurentine Assiga