Les femmes en ordre de bataille

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Encore ! Vous exclamerez-vous. Ce serait à juste titre, peut-être. Mais, il vaut mieux battre le fer tant qu’il est chaud. Les femmes tiennent le bon bout à Cannes, cette année. Messieurs, désolée, vous allez simplement les entendre passer, cette fois. Elles ne comptent pas louper l’opportunité qui se présente…avec une présidente du jury très engagée à faire bouger les lignes.

Le jury du 71è Cannes était là

Une semaine donc après l'ouverture de sa 71e édition, le festival de Cannes suit allègrement son cours. Malgré la pluie qui, cette année, joue les trouble-fêtes, le programme est respecté, à quelques exceptions près.

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Ce lundi 14 mai était un grand jour sur la Croisette, notamment au Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) qui a pris ses quartiers sur la plage du Gray d’Albion. L’avenir des femmes dans l’industrie du cinéma y jouait un grand acte.  Par le biais du collectif 50-50 en 2020 et du Festival de Cannes, une table-ronde sur la thématique était organisé.

Après des chiffres, qui ne font pas sourire, donnés par Cate Blanchett, samedi 12 mai, sur les films portant une signature féminine sélectionnés en compétition officielle à Cannes, il est temps de s’engager fermement à changer la donne. Jusqu’ici, seule Jane Campion a décroché la Palme d’or du réalisateur à Cannes. Seuls 82 films réalisés par les femmes ont été sélectionnés à la grand’messe du 7è art. Que dire des inégalités salariales observées dans le milieu, du harcèlement ! Plusieurs décennies après le lancement du concept sur l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, les habitudes misogynes ont encore la peau dure au cinéma. Il faut donc un mouvement fort et une prise de conscience, au-delà des mots et du paraître devant les médias pour ouvrir les portes aux femmes. Et les femmes se sont vraiment mobilisées pour l’occasion pour faire entendre leur voix. Il y avait dans la salle, qui s’est avérée étroite à la fin, Cate Blanchett en première ligne, Julie Gayet, des membres de Greek Women’s wave (Grèce), Time's Up US, Time's Up UK, CIMA (Espagne), Dissenso Commune (Italie), et des femmes venues d’Afrique comme Rahmatou Keita, réalisatrice nigérienne et Sylvie Nwet du Cameroun, présidente de la Semaine Internationale du Premier film (Yarha).

Rahmatou Keita interviewée par une consoeur

La présidente du Festival Yarha était présente à la table ronde avec le délégué de la semaine de la critique du cinéma

Parlant du cas africain, Rahmatou Keïta a pris la parole pour révéler que l’Afrique était déjà avancée sur la question de la parité dans le cinéma. Le combat a commencé bien plus tôt sur le continent et le célèbre Fespaco a déjà eu un jury 100% féminin. Il reste juste encore aux femmes cinéastes africaines l’audace de parler, car les traditions sont encore fortes et sévères pour certaines.

On souffle

La table ronde, co-modérée par Rebecca Zlotowski et Céline Sciamma a permis aux hommes ayant la décision de sélectionner des films à Cannes de s’engager. La bonne nouvelle est tombée, avec la signature d'une charte pour plus d'égalité dans les comités de sélection des festivals. A la manette, Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, Charles Tesson, délégué général de la Semaine de la critique, et Paolo Moretti, bientôt délégué de la Quinzaine des réalisateurs.

Les délégués s'engagent

les délégués s'engagent

 

50-50

Rassurez-vous, il ne s’agit pas des brochettes de viande de bœuf vendues au quartier Briqueterie à Yaoundé à 50Fcfa. Mais d’un collectif de femmes engagées à rétablir les rapports de pouvoir dans l’industrie cinématographique en France. Parce que leur place reste marginalisée malgré leur talent, elles ont entrepris (en collaboration avec des confrères aussi) de lancer ce mouvement, s’appuyant sur des études menées par le CNC en 2017 : «Nous décidons de mener la bataille des chiffres comme levier de la prise de conscience et de la visibilité des enjeux mais aussi comme support des chantiers de réflexion à mener, car nous voulons produire des idées, des solutions, des opportunités». Tel est leur leitmotiv.Vivement 2020, pour voir si la mayonnaise a pris.

G-Laurentine ASSIGA, à Cannes